Flashé à 147 km/h en Moselle : il attaque la préfecture et soulève une vraie question de droit
Un conducteur lorrain intercepté à 147 km/h sur une route limitée à 90 km/h, une suspension administrative de permis prononcée par le préfet quelques jours plus tard, puis… une décision de riposter devant la justice. Ce scénario, qui pourrait sembler exceptionnel, illustre pourtant une réalité que de nombreux automobilistes ignorent : une suspension préfectorale peut être contestée. Mais sous quelles conditions, et avec quelles chances de succès ? Voici ce qu'il faut savoir.
Les faits : un excès de vitesse majeur à Longeville-lès-Saint-Avold
Tout commence le 14 septembre, en début de soirée, sur une portion de route traversant Longeville-lès-Saint-Avold, en Moselle. Un conducteur est flashé à 147 km/h alors que la limitation de vitesse en vigueur est de 90 km/h. L'écart est considérable : on parle d'un dépassement de 57 km/h, ce qui entre directement dans la catégorie des grands excès de vitesse, les plus sévèrement sanctionnés par le Code de la route français.
Conformément à la loi, le préfet de Moselle décide de prononcer une suspension administrative immédiate du permis de conduire. Cette mesure, distincte de la sanction pénale qui interviendra devant le tribunal correctionnel, vise à retirer provisoirement le droit de conduire à un automobiliste jugé dangereux pour la sécurité publique. Elle peut être prise très rapidement, parfois dans les heures ou les jours suivant les faits.
Mais le conducteur concerné n'a pas accepté cette décision sans réagir. Estimant que ses droits fondamentaux n'avaient pas été respectés, il a choisi de porter l'affaire devant le tribunal administratif de Strasbourg, compétent pour examiner les litiges impliquant des décisions préfectorales dans cette région.
La question centrale : peut-on suspendre un permis sans entendre le conducteur ?
Au cœur du recours juridique, une question de procédure loin d'être anodine : l'administration est-elle en droit de retirer un permis de conduire sans donner au conducteur l'occasion de s'expliquer au préalable ? C'est le principe dit du « contradictoire », un pilier du droit administratif français qui impose normalement à l'autorité publique d'entendre la personne concernée avant de prendre une décision défavorable à son égard.
Dans certains cas, la loi prévoit des exceptions à ce principe, notamment lorsqu'il existe une urgence absolue ou un danger immédiat pour l'ordre public. C'est souvent l'argument invoqué par les préfectures pour justifier des suspensions prononcées sans audition préalable. En matière de sécurité routière, et particulièrement pour les grands excès de vitesse, l'urgence est généralement considérée comme acquise.
Le tribunal administratif de Strasbourg a donc dû trancher entre deux logiques : d'un côté, la protection des droits du conducteur et le respect des règles de procédure ; de l'autre, l'impératif de sécurité publique qui justifie une réaction rapide de l'administration face à un comportement jugé particulièrement dangereux sur la route.
Ce que dit la loi sur la suspension administrative du permis de conduire
La suspension administrative du permis de conduire est régie par l'article L. 224-2 du Code de la route. Elle peut être décidée par le préfet dès lors qu'un conducteur a commis une infraction susceptible d'entraîner la suspension judiciaire de son permis. Cette mesure est provisoire — elle dure en général jusqu'à la décision du tribunal pénal — et peut aller jusqu'à six mois, voire davantage dans certains cas graves.
Contrairement à une idée reçue, la suspension administrative est indépendante de la procédure pénale. Autrement dit, un conducteur peut se voir retirer son permis par le préfet, puis être relaxé par le juge pénal : les deux procédures suivent des chemins distincts. En revanche, si la suspension administrative dure plus longtemps que la suspension pénale, la durée déjà effectuée peut être déduite de la peine prononcée.
Comment contester une suspension administrative de permis : les étapes clés
L'affaire mosellane rappelle qu'il existe des voies de recours concrètes pour tout conducteur qui s'estime lésé par une décision préfectorale. Voici les principales options disponibles :
- Le recours gracieux : avant toute démarche judiciaire, il est possible d'adresser un courrier au préfet pour lui demander de revenir sur sa décision. Cette étape est rapide mais rarement couronnée de succès dans les cas d'excès de vitesse graves.
- Le référé-suspension : devant le tribunal administratif, il est possible de demander la suspension en urgence de la décision préfectorale, en attendant l'examen au fond du dossier. Le juge des référés statue généralement en 48 heures.
- Le recours pour excès de pouvoir : c'est la voie choisie dans cette affaire mosellane. Le conducteur demande l'annulation pure et simple de la décision préfectorale en invoquant un vice de procédure ou une illégalité.
- Le recours hiérarchique : adresser une requête au ministère de l'Intérieur pour contester la décision du préfet reste une option, bien que rarement utilisée en pratique.
Quelles leçons pour les automobilistes français ?
Au-delà du cas particulier de ce conducteur mosellan, cette affaire envoie un message fort : une décision administrative n'est pas forcément définitive, et même face à une infraction sérieuse, il existe des recours légaux. Toutefois, il serait dangereux d'en tirer la conclusion que contester une suspension est une démarche facile ou systématiquement gagnante. Les tribunaux administratifs sont généralement compréhensifs à l'égard des impératifs de sécurité routière, surtout lorsque les faits reprochés sont aussi graves qu'un dépassement de 57 km/h.
L'enjeu véritable de ce type de procédure est souvent moins d'obtenir gain de cause que de faire valoir ses droits procéduraux et, le cas échéant, de raccourcir la durée d'une suspension jugée disproportionnée. Dans tous les cas, l'accompagnement d'un avocat spécialisé en droit routier est vivement recommandé avant d'engager une telle démarche.
Enfin, rappelons l'essentiel : rouler à 147 km/h sur une route à 90 km/h représente un danger réel et grave pour l'ensemble des usagers. La meilleure façon d'éviter une suspension de permis reste, bien sûr, de respecter les limitations de vitesse en vigueur.

