Espagne : licencié après un accident en état d'ivresse avec sa voiture de fonction, il réclame 62 000 € à son employeur
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Espagne : licencié après un accident en état d'ivresse avec sa voiture de fonction, il réclame 62 000 € à son employeur

Un salarié asturien conteste son licenciement après un accident en état d'ivresse au volant d'une voiture de fonction. Il réclame 62 000 € d'indemnités.

11 Haziran 2026·5 dk okuma·800 kelime

Un accident nocturne qui met fin à vingt ans de carrière

En Espagne, une affaire judiciaire aussi révélatrice qu'embarrassante vient d'être tranchée par le Tribunal supérieur de justice des Asturies. Un salarié bénéficiant de près de vingt ans d'ancienneté au sein de son entreprise a été licencié après avoir eu un accident de la route en état d'ivresse au volant de sa fourgonnette de fonction, une Fiat Doblò. Refusant d'accepter ce renvoi, il a décidé de porter l'affaire devant les tribunaux en réclamant plus de 62 000 euros d'indemnités à son employeur. Une démarche audacieuse qui soulève de nombreuses questions sur les droits et obligations des salariés disposant d'un véhicule de société.

Le contexte : une mission tardive qui tourne mal

Tout commence un vendredi d'octobre 2024. Ce salarié, qui occupait un poste d'encadrant général dans une entreprise asturienne, reçoit un appel après sa journée de travail. On lui demande de revenir sur les lieux pour ouvrir les locaux et permettre la sortie d'une machine. Une mission ponctuelle, en dehors de ses horaires habituels, à laquelle il répond favorablement.

Mission accomplie, il reprend le volant de la fourgonnette de société pour rentrer chez lui. C'est alors que survient l'accident. La police intervient, le salarié est conduit à l'hôpital, et les analyses révèlent une alcoolémie pénalement répréhensible, dépassant largement les seuils légaux en vigueur en Espagne. Quelques semaines plus tard, son employeur lui notifie son licenciement pour faute grave. Le salarié, fort de ses deux décennies de service, refuse d'accepter cette décision et décide de la contester devant la justice.

La question centrale : était-il en mission professionnelle au moment de l'accident ?

Au cœur du litige se trouve une question juridique fondamentale : le salarié était-il encore en mission pour le compte de son employeur lorsque l'accident s'est produit, ou s'agissait-il d'un déplacement strictement privé ?

L'argument principal du salarié reposait sur le fait qu'il avait été rappelé par l'entreprise en dehors de ses heures de travail pour effectuer une tâche professionnelle. Selon lui, l'ensemble de son déplacement ce soir-là relevait donc du cadre professionnel, y compris le trajet retour. Il estimait ainsi que son licenciement était abusif et réclamait une indemnisation à hauteur de 62 000 euros.

Son employeur, en revanche, soutenait que la mission était terminée dès que le salarié avait quitté les locaux de l'entreprise. Le trajet retour constituait donc un déplacement privé, au cours duquel le salarié avait fait le choix de conduire en état d'ivresse, mettant en danger sa propre vie et celle des autres usagers de la route.

La décision du Tribunal supérieur de justice des Asturies

Le Tribunal supérieur de justice des Asturies a tranché en faveur de l'employeur, confirmant que le licenciement était fondé et justifié. Les juges ont estimé que conduire un véhicule de société en état d'ivresse, même en dehors des heures de travail, constitue une faute grave suffisamment sérieuse pour justifier un renvoi sans indemnités.

Plusieurs éléments ont pesé dans la balance :

  • Le salarié occupait un poste de responsabilité, ce qui implique un niveau d'exemplarité plus élevé que la moyenne des employés.
  • Le taux d'alcoolémie relevé était pénalement répréhensible, bien au-delà d'un simple dépassement de la limite légale.
  • La fourgonnette appartenait à l'entreprise : endommager un bien de l'employeur dans de telles circonstances constitue en soi un manquement grave aux obligations contractuelles.
  • Le trajet retour, même s'il faisait suite à une mission professionnelle, était assimilé à un usage privé du véhicule, usage pourtant autorisé par l'entreprise mais soumis à des règles de bon sens évidentes.

Ce que cette affaire nous enseigne sur l'usage des véhicules de fonction

Cette affaire met en lumière les responsabilités qui accompagnent l'attribution d'un véhicule de fonction. En France comme en Espagne, bénéficier d'une voiture ou d'une fourgonnette de société ne constitue pas un droit absolu, mais un avantage conditionnel lié au respect de certaines obligations.

Pour les salariés, conduire un véhicule de société impose un comportement irréprochable sur la route, y compris en dehors des heures de travail, dès lors que l'usage privé du véhicule est autorisé. Une infraction grave au code de la route, a fortiori une conduite en état d'ivresse avérée, peut légitimement constituer une faute professionnelle grave, susceptible d'entraîner un licenciement sans indemnités.

Pour les employeurs, cette décision rappelle également l'importance de formaliser clairement les conditions d'utilisation des véhicules de fonction, notamment via une charte ou un avenant au contrat de travail. Préciser les règles concernant l'usage privé, les responsabilités en cas d'accident et les comportements prohibés permet d'éviter des litiges coûteux et de protéger juridiquement l'entreprise en cas de contentieux.

Un rappel utile à l'heure où les flottes d'entreprise se multiplient

Alors que de nombreuses entreprises équipent leurs collaborateurs de véhicules de société, cette affaire espagnole constitue un cas d'école sur les limites de la tolérance patronale. Vingt ans d'ancienneté, un poste d'encadrement, une mission accomplie hors horaires : rien n'a suffi à contrebalancer la gravité d'une conduite en état d'ivresse avec un véhicule appartenant à l'employeur.

La justice asturienne a été claire : la confiance accordée à un salarié responsable implique en retour un respect strict des règles, même lorsque la caméra de l'entreprise n'est plus braquée sur lui. Une leçon que tout titulaire d'un véhicule de fonction ferait bien de garder en mémoire, quel que soit son pays ou son ancienneté.

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